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Le self, objet de croyances, objet de passions - Hume et ses lectures contemporaines

Publié le 4 septembre 2018 Mis à jour le 15 octobre 2018

Appel à communication - Call for Papers

Date(s)

du 4 septembre 2018 au 1 novembre 2018

Lieu(x)
Université Paris Nanterre


« Le self, objet de croyances, objet de passions - Hume et ses lectures contemporaines »



Jeudi 17 et vendredi 18 janvier 2019

à Paris Nanterre Université


(English version below)


À la fin du premier livre de son Traité de la nature humaine (1739), Hume écrivait « quand je pénètre plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je tombe toujours sur une perception particulière ou sur une autre. Je ne parviens à me saisir moi-même sans une perception et je ne peux jamais rien observer d'autre que la perception[1]. » Cette remarque a depuis fait couler beaucoup d’encre, et continue aujourd’hui encore d’alimenter le débat autour du concept de soi.

D’abord, parce que cet extrait est encore largement commenté, comme si le sens qu’on pouvait en tirer n’était pas épuisé. Sans doute parce que des objections ont été adressées à la critique que Hume fait de l’idée d’un soi substantiel et aux arguments qui la sous-tendent : outre celle de T. Reid (1785) — qui souligne l’incompatibilité de la théorie de l’absence de soi avec la possibilité de penser non seulement le libre arbitre, mais la pensée elle-même, en tant qu’elle suppose toujours un être pensant —, qu’on songe à celles plus récentes de T. Penelhum (1955) ou W. Fang (1984) qui remettent en question l’opposition stricte entre différence et identité au fondement du réquisitoire humien contre la notion substantialiste de soi. Sans doute aussi parce que Hume — comme on a trop tendance à l’oublier — développe plus loin dans le Traité (livre II, consacré aux passions) une théorie positive du soi qui nous force à nuancer la lecture qui ferait de Hume un simple sceptique vis-à-vis de ce concept. Cette dimension positive de la thèse humienne du soi fait à son tour l’objet d’interprétations divergentes, tant pour ce qui est de déterminer la manière dont il faut la comprendre en elle-même (comme en témoigne par exemple la dispute entre J. I. Biro (1979) et J.L. McIntyre (1979) ou plus récemment la lecture qu’en proposent F. Brahami (2001), G. Strawson (2011) ou E. Le Jallé (2014)) que dans son rapport à la thèse négative du premier livre (voir W.L. Robinson, 1974 ; M. Malherbe, 2001 ; A. Carlson, 2009). En sorte que le débat interprétatif et les disputes autour de ce passage et d’autres consacrés au soi chez Hume sont loin d’être clos.

Ensuite, parce que cet extrait du Traité est devenu, sinon la formule maîtresse, du moins l’un des slogans phares de ce qu’on désigne aujourd’hui comme la « no self theory » selon laquelle rien de tel que le soi ou ce que nous appelons « soi » n’existe, et dont des gens comme D. Parfit (1984), D. C. Dennett (1986), ou encore T. Metzinger (2003) se revendiquent. Théorie qui clive, et donc aussi structure au moins en partie le débat contemporain sur le soi en philosophie de l’esprit (voir E. Le Jallé, 2014), en ce sens qu’elle semble nous conduire à trancher entre un réalisme et un anti-réalisme vis-à-vis de cette notion. C’est pourquoi ce passage auquel on identifie — peut-être à tort — la théorie humienne du soi demeure central au sein des discussions contemporaines autour de ce concept et des problèmes qui s’y rapportent, qu’il s’agisse de questions liées à l’identité personnelle (Persistons-nous à travers le temps et à quelles conditions ? Qu'est-ce qui détermine le nombre de personnes à un moment donné ? Quel genre de choses sommes-nous ?), à la connaissance de soi (Y a-t-il différentes formes de connaissances de soi et si oui, quelles sont-elles ? Faudrait-il en préférer une sur une autre ? Quels types de connaissances à la première personne sont immunisés contre l'erreur par une mauvaise identification ?) ou encore à l’unité de l’esprit (Faut-il croire à une unité des contenus mentaux et dans quelle mesure est-ce légitime ? Quelle est la cause de cette unité ? Qu'est-ce que la conscience de soi, et comment se rapporte-t-elle à la conscience en général ?), etc.

Ce colloque voudrait donc se donner deux objectifs principaux, orientés autour de la pensée humienne :

1/ D’abord (premier jour) discuter la thèse de Hume elle-même, i.e. chercher à comprendre non seulement le sens de ce fameux passage dans et pour le Traité, mais encore au sein de l’économie générale de l’œuvre de Hume.

2/ Puis (deuxième jour) tenter non seulement de saisir quel sont le rôle et les formes que peut prendre l’héritage humien dans les débats contemporains sur le soi, mais aussi comment la lecture de Hume pourrait permettre d’ouvrir de nouvelles pistes au sein de ces discussions.



Soumission des résumés

Les résumés, rédigés en français ou en anglais, doivent comprendre le titre du papier et ne pas dépasser les 1500 mots. Ils doivent être anonymes et envoyés à l’adresse suivante : acharrier@parisnanterre.fr.

Date limite d’envoi des articles : 1 novembre 2018

Les réponses seront communiquées le 15 novembre 2018



Comité d’organisation

Alexandre Charrier (Université Paris Nanterre)

Claire Etchegaray (Université Paris Nanterre)

Philippe Hamou (Université Paris Nanterre)




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"The Self: Object of Beliefs and Passions. Hume and Contemporary Readings"



Thursday 17 et friday 18 january 2019

at Paris Nanterre University



At the end of the first book of his Treatise of Human Nature (1739), Hume wrote, « when I enter most intimately into what I call myself, I always stumble on some particular perception or other, of heat or cold, light or shade, love or hatred, pain or pleasure. I never can catch myself at any time without a perception, and never can observe any thing but the perception ». This remark has since been much discussed, and continues today to fuel the debate around the concept of self. Since T. Reid, the idea that there is no such thing as a « substantial » self and the arguments underlying it, have been subjected to intense scrutiny and criticisms. Reid (1785) considered the doctrine incompatible with the mere possibility of free will, or thought itself, as both presupposes a thinking being that can acknowledge itself as itself. T. Penelhum (1955) or W. Fang (1984) question the strict opposition between difference and identity that is at the basis of the Humean indictment against the substantialist notion of self.

The debate around Hume's doctrine is also an exegetical one. Hume, as we tend to forget, developed further in the Treatise (in Book II, on the Passions) a positive theory of the self, which seems to contradict the sceptical approach of Book I. This positive dimension of the Humean thesis has been the subject of divergent interpretations, both in terms of determining how to understand it in itself (as evidenced for example by the dispute between JI Biro (1979) and JL McIntyre (1979) or more recently in the readings of F. Brahami (2001), G. Strawson (2011) or E. Le Jallé (2014)) as to its relation to the negative thesis of the first book (see WL Robinson 1974, M. Malherbe 2001, A. Carlson 2009).

Finally, the excerpt from the Treatise has become, if not the master formula, at least one of the leading slogans of what is now called the "no self theory", according to which nothing like the self exists, a doctrine variously defended by philosophers like D. Parfit (1984), DC Dennett (1986), or T. Metzinger (2003). In many ways the opposition between realism and antirealism, on the issue of the self, structures the contemporary debates in contemporary philosophy of mind. It is central for issues such as personal identity (Do we persist over time, and under which conditions? What determines the number of people at a given time? What kind of things are we?), self-knowledge (Are there different forms of self-knowledge? and if so, what are they, and should one be preferred over another? What types of first-person knowledge are immune to error through misidentification? ), or unity of the mind (to what extent is it legitimate to believe in the unity of mental contents? What is the cause of this unity? What is self-consciousness? and how does it relate to consciousness in general ?).

This conference has therefore two main objectives

1 / A first day will be devoted to the discussion of Hume's thesis in exegetical terms, in order to better understand it not only in the context of the first book, but also within the general economy of the work.

2 / In a second day, we will try to grasp the role and forms that the Humean heritage takes in contemporary debates on the self, but also how a fresh look at Hume's text could open up new avenues within these discussions.



Submission Guidelines

Abstracts can be submitted in English or French and should include a title and not exceed 1500 words. Abstracts must be anonymised and sent to the organisers (acharrier@parisnanterre.fr) by 1 november 2018. Replies will be sent on 15 November 2018.



The Organisers

Alexandre Charrier (Paris Nanterre University)

Claire Etchegaray (Paris Nanterre University)

Philippe Hamou (Paris Nanterre University)



[1] Hume, Traité de la nature humaine, trad. P. Baranger et P. Saltel, Éditions GF, 1995, Paris, p.343.

Mis à jour le 15 octobre 2018